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Philosophie

TAOÏSME, TAO

 

Nous allons, au cours de cette nouvelle saison explorer le TAO.

Le TAO se traduit par « la voie », « le chemin », « le courant de vie », « la doctrine ».

Concept fondamental de la pensée chinoise, il a été immortalisé par les sages de l’Antiquité chinoise dont les plus connus sont : CONFUCIUS , LAO TSEU et TCHOUANG TSEU.

Lorsque nous nous rapprochons du Tao, notre vie se déroule harmonieusement, nous agissons sans effort, de la façon la plus juste et la plus adaptée aux circonstances, en toute spontanéité.

Quand nous nous en éloignons, rien ne va plus et nous nous épuisons à vouloir combattre les gens et les événements.

Connaître et expérimenter les principes du TAO peut nous permettre de favoriser l’équilibre et la fluidité dans nos vies.

Plus de vitalité, plus de justesse, plus de santé.

« Un voyage de mille lieues commence par un seul pas »
a dit LAO TSEU

« Qui va vers le tao, le tao l’accueille.
Qui va vers la vertu, la vertu l’accueille.
Qui va vers la perte, la perte l’accueille. »
LAO TSEU

 


CHANGEMENT ( YI )

Tout change tout le temps. Je ne peux donc rien tenir pour acquis.

« La seule chose qui ne changera jamais, c’est que tout est toujours en train de changer »
Le YI KING

En observant l’alternance du soleil et de la pluie dont dépendaient leurs moissons, les chinois de l’Antiquité avaient compris que le changement est l’essence même de la vie.

Le jour succède à la nuit, le printemps à l’hiver, l’adulte à l’enfant.

Rien n’est fixe, tout bouge et se transforme continuellement, dans nos vies personnelles comme dans l’univers tout entier.

Se souvenir de la loi du changement permet de prendre plus de recul face aux événements : quelle que soit la situation dans laquelle on se trouve, on peut mettre celle-ci en perspective, entrevoir son évolution. Savoir que tout change tout le temps évite de se laisser surprendre ou déstabiliser par les événements.

A cultiver :

  • J’affûte ma perception, de façon à reconnaître les changements au tout premier indice.
  • Je relativise ce qui m’arrive car tout peut basculer d’un moment à l’autre.
  • Je mets toute mon attention dans mes relations avec les autres, sachant qu’elles sont en perpétuelle évolution.

A éviter :

  • Je ne me laisse pas envahir par mes émotions, car je sais qu’elles sont passagères et que mon humeur est changeante.
  • Je ne dis plus: « je suis comme ça » ou « c’est comme ça », car au moment même où je finis ma phrase, ce n’est déjà plus « comme ça ».
  • Je ne me fais pas aveugler par une passion amoureuse. Je la vis pleinement, sachant qu’elle est destinée à se transformer.

 


LUNE – SOLEIL ( YUE – RI )

Chaque chose implique son contraire : c’est pourquoi je renonce à porter des jugements.

« Entre oui et non, la frontière est bien mince. Le bien et le mal sont entremêlés. »

LAO TSEU

Pour définir quelque chose, nous sommes habitués à l’opposer à son contraire : le mal est le contraire du bien, le chaud est le contraire du froid, etc.

Rien de plus faux pour les chinois, pour qui il n’y a pas de séparation, mais un processus, une polarité entre deux éléments qui ne peuvent exister l’un sans l’autre.

« Pile » n’est pas le contraire de « face » : il s’agit d’une seule et même pièce, qui a évidemment deux côtés.

Cette vision non dualiste ne nous est d’ailleurs pas totalement étrangère : ne disons-nous pas qu’une personne a des défauts et des qualités ? Quant aux cyclistes et aux montagnards, ils savent bien que « montée » n’est pas le contraire de « descente » : tout dépend du sens dans lequel on va.

A cultiver :

  • J’oublie les notions de chance et de malchance : la catastrophe d’aujourd’hui pourrait demain se révéler une aubaine. Et réciproquement.
  • Avant de dire qu’il fait mauvais, je me souviens que la pluie est essentielle à la survie de la planète.
  • Je sais apprécier les difficultés, car ce sont elles qui peuvent me faire avancer .

A éviter :

  • Je ne m’arrête pas à la surface des choses : j’envisage toujours le revers de la médaille.
  • Je freine mon enthousiasme quand les choses vont bien. Je ne cède pas au découragement quand elles vont mal.
  • Je me garde de mettre des étiquettes : j’apprends à moduler mes opinions.

 


SOUFFLE ( QI )

L’énergie qui me traverse me vient de l’univers. Mais c’est à moi de la cultiver.

« La respiration d’un homme accompli vient des talons. Celle du vulgaire vient de la gorge ».
TCHOUANG TSEU

Chacun de nous est relié à tout ce qui existe, car animés par le même « souffle » que les chinois appellent QI ( prononcer « tchi). Fondement de l’existence et de toutes ses manifestations, cette énergie est le matériau primordial qui se condense en donnant la vie et se dissout lorsqu’elle la retire.

A la naissance, notre qi est à l’état brut, et c’est à nous qu’il incombe de l’affiner.

Notre bien-être physique et psychique, ainsi que notre accomplissement en tant qu’être humain, dépendent de la qualité du QI qui nous traverse.

Cultiver le qi (ce que les chinois appellent qi gong), c’est d’abord apprendre à bien respirer :

la maîtrise du souffle permet de se relier à la terre et de communiquer avec tout l’univers.

A cultiver :

  • Chaque matin, j’aère toutes les pièces de la maison.
  • Je m’habitue à respirer profondément et « en conscience » : en inspirant j’absorbe le qi intègre ; en expirant, je rejette les souffles viciés.
  • Si ma posture est mauvaise, mon qi circule moins bien: je pense à redresser mon dos, détendre mes épaules, décrisper mes mains et mes pieds ; mes muscles, en général.

A éviter :

  • Je ne fréquente pas les endroits bruyants, surpeuplés et mal aérés.
  • Je limite les « agents pollueurs »: stress, course contre la montre, cafés et cigarettes à la chaine.
  • Je ne laisse pas la poussière s’accumuler, elle fait stagner le QI.

 


YIN et YANG
( Principe féminin et principe masculin )

Je m’habitue à penser en termes de YIN et YANG .

« La vie d’une personne avisée est une action du ciel …
Calme , elle a les vertus du yin . Active, elle a le flux du yang . »
Thouang TSEU

Le QI n’est ni statique ni à sens unique : il est formé de deux énergies, le célèbre couple yin et yang.

Le premier, YIN, symbolise l’obscurité, le froid,le souple, l’intériorité , le principe féminin.

Le second, YANG, évoque la lumière, la chaleur, la force, la rigidité, l’extériorité, le principe masculin.

Que nous soyons homme ou femme, tous deux sont présents en nous.

Lorsque nous nous exprimons haut et fort, nous activons le yang; lorsque nous écoutons et réfléchissons, nous laissons la place au yin.

En apprenant à reconnaître ces deux principes en soi, on peut travailler à les équilibrer.

En les voyant à l’oeuvre dans les phénomènes extérieurs, on se retrouve à même d’intervenir plus efficacement

A cultiver :

  • En cas de conflit, j’écoute les arguments de mon adversaire (attitude YIN) avant de découvrir mes cartes et passer à l’action (attitude YANG).
  • En face d’un dilemme, je réfléchis avec pondération (attitude YIN); mais une fois que j’ai tranché, je me tiens à ma décision (attitude YANG).
  • Toute avancée (YANG) comporte parfois des reculades (YIN). Trois pas en avant, un pas en en arrière, telle est ma devise.

A éviter :

  • Je ne suis pas un « béni-oui-oui » (excès de YIN). Il y a des circonstances où il faut savoir exprimer son indignation.
  • Je ne confonds pas autorité et arrogance (excès de YANG): être sûr de moi n’implique nullement d’écraser qui que ce soit.
  • Ne pas écouter ma fatigue dénote un excès de YANG. Mieux vaut m’arrêter et reprendre ma tâche à tête reposée.

 


SHUI et WU WEI
( eau et non-agir )

Avant de combattre les événements, j’essaie d’abord de m’y adapter.

« Qui se plie restera entier, qui s’incline sera redressé .
Qui se tient creux sera rempli, qui subit l’usure se renouvellera . »
LAO TSEU

Pour comprendre le fonctionnement du YIN et du YANG,il suffit de penser à celui de la bicyclette: je pousse sur une pédale (YANG) et relâche l’autre (YIN), et c’est grâce à ces deux mouvements opposés que je peux avancer.

Toute forme de vie implique les deux principes, chacun n’existe qu’en fonction de l’autre et chacun est voué à se transformer en son contraire.

Cependant, la sagesse chinoise tend à privilégier la douceur, la réceptivité et les facultés d’adaptation du YIN: le tao n’est-il pas comparé à une rivière qu’il nous suffirait de suivre pour que tout aille pour le mieux?

Défier les tempêtes et ramer à contre-courant peut parfois devenir nécessaire, mais en faire une règle n’aboutit qu’à l’épuisement.

A cultiver :

  • Je suis toujours disposé à modifier mes projets lorsque les circonstances extérieures le requièrent.
  • Si quelqu’un m’agresse, je n’entre pas dans son jeu. Je reste serein et maître de moi, et attends qu’il récupère son calme.
  • Dans une discussion, je préfère convaincre par la douceur plutôt que m’imposer par la force.

A éviter :

  • Je n’humilie jamais un advesaire, sachant qu’à la première occasion il me le fera payer.
  • Je ne me vante pas de capacité que je ne suis pas certain d’avoir.
  • Je ne m’entête pas face aux difficultés. Je fais le dos rond et attends que la situation évolue d’elle-même.

 


WU YU
( détachement )

J’apprends à « non-agir »: je fais ce qui doit-être fait sans m’inquiéter des résultats .

« Il produit sans s’approprier, il agit sans rien attendre.
Son oeuvre accomplie, ilne s’y attache pas.
Et puisqu’il ne s’y attache pas, son oeuvre restera »
LAO TSEU

Le non – agir est le pilier de la pensée taoïste. Il ne signifie pas « ne rien faire », mais plutôt

« ne pas faire » ce qui va à l’encontre du cours naturel des choses. « Non agir » c’est se rendre

réceptif au tao en oubliant son ego, ses ambitions et ses désirs personnels.

C’est agir sans intention, mais seulement par nécessité, parce-qu’il n’y a rien d’autre à faire: avec la certitude que cette action a une valeur en soi, en dehors de ce que l’on en obtiendra sur le plan concret.

Le meilleur moyen de se libérer du stress et de l’anxiété, c’est d’exécuter toutes ses tâches en y mettant le meilleur de soi-même.

Si les résultats ne dépendent pas seulement de soi, à quoi sert de s’en inquiéter?

A cultiver :

  • Je me mets à l’écoute de mon intuition: contrairement à mon égo, elle sait toujours ce qu’il faut faire.
  • Si je viens en aide à quelqu’un, c’est parce-que je dois le faire.
  • Pas pour me faire bien voir ou en retirer un quelconque avantage.
  • Je me concentre sur ma tâche sans penser à rien d’autre qu’à ce que je fais.

A éviter :

  • En renonçant à avoir des attentes, j’évite bien des déceptions.
  • Je n’évalue pas mon travail en termes d’argent, mais d’utilité.
  • Je ne m’attache pas au produit de mon travail. Quand j’ai fini, je passe à autre chose.

 


ZHONG YONG
( Milieu juste )

J’évite les excès et vise en toute chose le « milieu juste ».

 » L’efficacité du milieu juste est suprême, mais la plupart des gens en ont perdu la notion depuis longtemps « .
CONFUCIUS

Zhong Guo, littéralement « pays du Milieu », c’est ainsi que s’appelle la Chine, et ses grands penseurs auraient aimé qu’elle soit aussi le pays du milieu juste.

Synonyme de modération et de synchronisation des actions humaines avec les forces de l’univers, le milieu juste n’est pas un point statique entre deux extrêmes, mais un pôle attractif qui tire l’être humain vers le haut.

pour le représenter, les sages chinois recouraient souvent à la métaphore du tir à l’arc: l’archer devait atteindre le coeur de la cible au moment précis où résonnait le gong, ce qui impliquait une parfaite maîtrise du corps, mais aussi de l’esprit .

Comme lui, nous devons rechercher le milieu juste en toute chose et attendre le « moment juste » pour passer à l’action.

A cultiver :

  • Je définis mes objectifs aussi clairement que possible, puis me tiens prêt à décocher ma flèche. Sans hâte ni impatience.
  • Je sais apprécier un bon repas mais ne me gave pas  Je ne dédaigne pas un bon verre mais je ne me saoûle pas.
  • Eduquer, c’est savoir se tenir dans le milieu juste: je sais punir mes enfants, et aussi les récompenser.

A éviter :

  • Je ne m’éparpille pas entre mille projets. Je me fixe un seul but et ne l’abandonne pas avant de l’avoir porté à terme.
  • Je n’exhibe pas mes biens, je ne me vante pas de mes succès.
  • Ainsi j’éviterai de faire des envieux.
  • Je ne hurle pas, mais sais me faire entendre.  Je ne m’enthousiasme pas, mais sais apprécier ce que j’ai.

 


REN
( être humain )

Je n’oublie pas que le but de ma vie est de me perfectionner.

« L’honnête homme remonte sa pente, l’homme vulgaire la descend « 

CONFUCIUS

Pour CONFUCIUS, l’homme n’est ni bon ni mauvais, il est perfectible.

Ce qui distingue l’être de qualité de l’être ordinaire, c’est le « ren « ( prononcer « jen ») ou vertu d’humanité, cette étincelle grâce à laquelle l’homme prend conscience de lui-même et de sa différence par rapport aux autres créatures, et s’interroge sur la valeur morale de ses actes.

Travailler à devenir pleinement humain, c’est se construire soi-même, en partant de ses potentiels et en s’appliquant inlassablement à les développer : c’est ce que Confucius appelle « l’étude » et qui n’est autre que le travail sur soi.

A cultiver :

  • Je m’efforce de toujours agir moralement en faisant passer l’intérêt de tous avant le mien propre.
  • Quand j’hésite sur la conduite à suivre, je m’interroge : « Que ferait un être de qualité ? Que ferait un être ordinaire? »
  • Je cultive la discipline, ma meilleure alliée.

A éviter :

  • Je ne cherche pas à cacher mes lacunes : je travaille à les combler.
  • Je ne me laisse influencer ni par les médias, ni par le voisin, ni par personne.
  • Je n’ai qu’une échelle de valeurs : la mienne.
  • Je ne m’afflige pas si mes mérites ne sont pas reconnus. Je m’afflige seulement de mes manques.

 


XUN
( s’adapter )

Avant de me lancer dans l’action, je m’interroge sur les énergies en présence.

« Une personne avisée pénètre la vérité des choses, sait s’en tenir à l’essentiel »
TCHOUANG TSEU

Nous savons tous que le succès de nos entreprises ne dépend pas seulement de nous, et que le meilleur projet peut tomber à l’eau si nous le présentons au mauvais moment ou de la mauvaise façon.

Pour bien conduire son existence, il faut savoir harmoniser ses actions avec le contexte dans lequel elles s’insèrent, en comprenant la nature des énergies en présence.

Le moment est-il plutôt yin ou plutôt yang ? Faut-il agir ou attendre ? C’est là tout l’objet du YI KING ou « livre des changements », véritable socle de la pensée chinoise : un livre unique au monde, qui répond aux questions que nous lui posons, en nous informant sur la qualité énergétique du moment et sur la meilleure façon de l’utiliser.

A cultiver :

  • Avant de prendre une décision, je regarde en moi-même pour savoir si je suis prêt. Puis j’étudie les conditions extérieures.

A éviter :

  • Quand quelqu’un me fait du tort, je ne réagis pas tout de suite: j’essaie d’abord de comprendre la dynamique des événements.
  • Je ne me laisse pas guider par mes émotions et me garde des coups de tête.
  • Je ne fonce pas tête baissée, je prends le temps d’envisager les conséquences possibles de mon action.

 


TIAN MING
( Volonté du ciel )

Je me conforme à la « volonté du ciel » et j’accepte ce que je ne peux changer.

« Connaître les actes respectifs du ciel et des humains est le summum du savoir »
TCHOUANG TSEU

Les chinois ne connaissent pas de Dieu créateur. Le principe supérieur est représenté par le ciel, qui représente l’élan créatif. Sa contrepartie est la terre, symbole de réceptivité.

Entre les deux se trouve l’homme, pivot entre ciel et terre, au sommet de la pyramide du monde créé.

La relation homme-ciel est un va – et – vient constant de bas en haut et de haut en bas: l’homme s’adresse au ciel en exécutant des rites et le ciel lui répond.

Pour que tout fonctionne harmonieusement, il faut savoir distinguer ce qui est du ressort de l’homme – et ce que nous appelons le libre arbitre – et ce qui relève de la volonté du ciel, c’est- à- dire le destin.

A cultiver :

  • Mon destin est fixé à la naissance, ma mission consiste à l’utiliser au mieux.
  • Chaque soir, je m’interroge : « Suis-je sûr d’avoir fait tout ce qu’il était en mon pouvoir de faire? »
  • J’accepte mon vieillissement avec sérénité. Ce qui ne m’empêche pas de mettre tout en oeuvre pour en freiner le processus.

A éviter :

  • Je ne me mets pas en tête de changer les autres. Le seul que je peux- et que je dois – changer, c’est moi.
  • Je ne cache pas mon âge, parce-que c’est inutile et aussi parce-que je sais en apprécier les aspects positifs.